Entretien mensuel avec Patrick Müller & Klaus W. Wellershoff

L’analyse actuelle des marchés par Klaus W. Wellershoff, dans un entretien avec Patrick Müller.

Les indicateurs économiques ont peu évolué. La croissance reste correcte et l’inflation demeure à des niveaux élevés – sauf en Suisse. Il n’est donc pas surprenant que la plupart des portefeuilles aient commencé l’année sur une note positive. Néanmoins, une certaine nervosité générale est perceptible. L’or a atteint de nouveaux sommets avant de redescendre, certaines entreprises ont annoncé des résultats records tandis que leurs cours d’actions corrigeaient simultanément – ce phénomène est désigné dans le jargon financier sous le nom de volatilité.

La vidéo date du 04.03.2026 et s'est déroulée en anglais.

 

 

Croissance économique: fragile, avec une amélioration du climat industriel 


Les chiffres de croissance du quatrième trimestre sont restés inférieurs aux attentes dans les grandes économies. Les États Unis, notamment, ont perdu nettement en dynamisme après un troisième trimestre très fort et ne présentent plus qu’une croissance de 0,4 %. De plus, la forte révision à la baisse des données du marché du travail pour 2025 alimente de nouvelles inquiétudes économiques.

Les indicateurs avancés montrent toutefois une légère détente pour la conjoncture mondiale. L’industrie en Europe et au Japon envoie pour la première fois depuis longtemps des signaux de reprise de l’activité. Aux États Unis également, le climat industriel s’est nettement amélioré.

Dans l’ensemble, la situation économique mondiale demeure fragile. De plus, un conflit prolongé en Iran toucherait particulièrement les économies d’Asie, qui ont largement soutenu la croissance mondiale ces dernières années.

Inflation: un peu de répit grâce au Japon 


Dans les pays industrialisés, la dynamique de l’inflation s’est nettement affaiblie récemment. L’inflation sous jacente – excluant les composantes volatiles que sont l’énergie et l’alimentation – est tombée à son plus bas niveau depuis plus de quatre ans aux États Unis, dans la zone euro et au Royaume Uni. En janvier, elle s’est établie à 2,5 % aux États Unis, 2,2 % dans la zone euro et 3,1 % au Royaume Uni. Les États Unis et la zone euro se rapprochent ainsi de leur objectif de politique monétaire, tandis que le Royaume Uni demeure nettement au dessus.

L’affaiblissement est encore plus marqué au Japon : l’inflation sous jacente a reculé de 0,3 point de pourcentage à 2,6 %, et l’inflation totale de 0,6 point à 1,5 %. Pour les autorités monétaires japonaises, il s’agit d’une évolution positive, car une hausse des taux directeurs pour lutter contre l’inflation aurait comporté des risques considérables pour le système financier.

La Suisse reste stable à un niveau très bas, avec une inflation sous jacente de 0,5 %. Elle demeure ainsi une exception en matière de stabilité des prix dans une comparaison internationale.
En raison du conflit en cours en Iran, les prix de l’énergie augmentent fortement, et dans de nombreux pays, les consommateurs en ressentent rapidement les effets, par exemple à la pompe. Il faut donc s’attendre à une remontée des taux d’inflation.

Politique monétaire: les bilans des banques centrales continuent d’augmenter 


Les bilans des banques centrales demeurent à un niveau élevé. À fin février, la Réserve fédérale américaine affichait des actifs d’environ 6,6 billions de dollars, légèrement plus qu’au mois précédent. La Banque centrale européenne a également enregistré une hausse modérée de son bilan.

En Suisse, la situation est particulièrement marquée. Avec 894 milliards de francs, le bilan de la Banque nationale suisse équivaut approximativement au PIB annuel du pays. Rapportée à la performance économique, la Suisse détient ainsi le plus grand bilan de banque centrale au niveau international. Ce niveau élevé reflète des interventions répétées sur le marché des changes visant à contenir la pression à la hausse sur le franc.

Compte tenu des incertitudes géopolitiques persistantes liées au conflit en Iran, cette pression à l’appréciation devrait perdurer. Cela augmente la probabilité de nouvelles interventions et, par conséquent, le risque d’une nouvelle expansion du bilan. La phase de liquidité élevée des banques centrales devrait donc se prolonger. Comme mentionné plus haut, les banques centrales observeront naturellement de près les données d’inflation et intégreront la hausse des prix de l’énergie dans leur politique monétaire.